Le Football des Débutants

1.1 L’observation de l’activité motrice spontanée est instructive

L’enfant est à la fois infatigable et rapidement fatigable : capable d’efforts brefs et répétés, il s’arrête d’instinct pour récupérer ; selon ce mode fractionné, il peut poursuivre son activité longtemps sans fatigue apparente : on a pu évaluer à 20 et 30 km, la distance parcourue par un enfant actif dans une journée de jeu. Il est peu attiré spontanément par un effort modéré, longtemps prolongé, de type endurance, dont il n’apprécie pas la monotonie, mais il en est très capable (cf. les enfants marathoniens).

1.2 Enseignements et recommandations.

De ce que l’on connaît actuellement de la physiologie de l’effort chez le jeune enfant, il semble que l’on puisse dégager les points de repère et faire les recommandations suivantes :

- respecter au maximum les modalités de l’activité spontanée, en particulier son aspect discontinu et les périodes arrêt - récupération ; 10 minutes d'activité entrecoupées de 2 à 5 minutes de récupération pendant lesquelles l'enfant se réhydrate.
- n’absorber qu’avec prudence tout entraînement physique systématisé, en évitant, spécialement le travail en résistance, voué d’avance à l’échec en raison des conditions biologiques insuffisantes.
- Cependant, rien ne s’oppose :

    * au travail de la vitesse, de la vivacité, de la détente : par des efforts brefs de 10 mn maximum, séparés par des intervalles de 1 à 2 mn, nécessaires à la reconstitution des réserves d’ATP, en se limitant à quelques répétitions et quelques séries ; les jeux organisés en relais, colonne où chacun à son tour réalise ce type d’effort ;
    * à l’entraînement en endurance : puisque la capacité de performance aérobique existe, et est perfectible, sans risque de surcharge, en tenant compte des réserves énergétiques réduites.
En fait, une véritable initiation à l’endurance ne sera jamais trop précoce concernant une qualité fondamentale, base de la condition physique durant toute une carrière sportive, et même au-delà ;
    * enfin le travail de la souplesse.

L’enfant de 6 ans est naturellement souple, mais dès 8 à 10 ans, l’élasticité capsulo - ligamentaire régresse. D’où la nécessité de travailler très tôt pour entretenir la flexibilité. On pourra donc faire entrer dans les séances d’entraînement, des procédés d’étirements, tels d’ailleurs qu’ils sont pratiqués depuis toujours dans d’autres disciplines (gym, danse classique), et la souplesse est une qualité de base indispensable.
Ce point est trop négligé au football, et l’on évitera ainsi les raideurs (particulièrement des ischio - jambiers), si fréquemment constatées dès 12/14 ans et déjà peu réversibles à cet âge.

1.3 Recommandations.

* Respecter l’ordre programmé, respecter la variabilité individuelle.

* S’assurer de l’existence des acquis fondamentaux de la psychomotricité :
- devant - derrière, dessus - dessous, droit - gauche, intérieur - extérieur, face à / dos à, plus près de, plus loin de...
- les formes géométriques, élémentaires,
* les perfectionner si nécessaire.

* N’avancer que lentement, sur des bases solides : l’organisation temporale et spatiale par rapport aux autres partenaires et adversaires, au ballon en déplacement, indispensables à l’acquisition d’éléments d’organisation tactique élémentaire (jeu collectif, placement, démarquage, espace libre) sont des stades ultérieurs.
Faut-il dès lors repousser toute spécialisation sportive précoce et la soumettre à l’achèvement d’une psychomotricité parfaite, obtenue par une longue éducation polyvalente non spécifique ?

Nous pensons au contraire, qu’une spécialisation précoce bien comprise, telle que la réalise le Football à 5, peut compléter ultérieurement et s’intégrer efficacement dans l’éducation psychomotrice de l’enfant, et ceci d’une manière attrayante répondant à une demande de sa part qui ne peut être indéfiniment différée.
La spécialisation ainsi comprise, cesse d’être un but exclusif pour devenir un moyen de perfectionnement moteur.

* Le jeu libre apporte une infinité de situations stimulantes auxquelles l’enfant trouve des réponses de mieux en mieux adaptées. Le jeu reste à 6 ans la forme d’apprentissage spontané la plus efficace, dans laquelle, il acquiert et perfectionne ses capacités et habiletés motrices, dans un contexte qu’il a choisi, qui lui plaît et qui motive.
Il convient de respecter cette spontanéité, la découverte par l’enfant des solutions adéquates, les tâtonnements, les erreurs qui entraînent ajustements et corrections successives aboutissant à la réussite, constituent le processus sans doute le plus efficace, pour aboutir à la mémorisation motrice. Cette attitude non dirigiste, atteint cependant sa limite quand les échecs répétés, entraînent découragement et désintérêt.

Ainsi, une spécialisation sportive spécifique raisonnée comme le Football à 5, est bien différente de la spécialisation à outrance dont les objectifs sont la sélection vers la haute performance, via l’entraînement intensif. L’éducation sportive précoce et l’éducation motrice, loin de s’opposer, s’interpénètrent, se complètent et s’enrichissent mutuellement.

Les apprentissages des habiletés élémentaires peuvent être abordés, l’âge de 6 ans répondant au début de la phase dite de latence (6/12 ans), réputée pour être la tranche d’âge la plus propice aux acquisitions motrices.
Cependant, à 6 ans, la capacité d’attention est encore faible, et toute méthode analytique visant à l’apprentissage décomposé d’un geste codifié, dont on voudrait obtenir la perfection, a peu de chances de succès.
On profitera au contraire des grandes capacités et du goût pour l’imitation à cet âge, pour obtenir la reproduction globale d’un geste en son entier ou d’un enchaînement moteur.

L’éducateur devrait ici être un bon démonstrateur..